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mercredi 18 juin 2008

Hommage à B.




La performance Hommage à B a eu lieu samedi 14 juin au Studio Astrakan. Avec Margot Videcoq. Photos Cristian Sotomayor.

J'ai écrit ce texte pour le faire entendre au début du spectacle pour des raisons de clarté, pour éclaircir le projet. c'est une chose importante je crois, être clair. C'est le but de cette performance d'ailleurs d'expliquer, de communiquer. Il ne faut pas renoncer à ça je crois. même si et surtout parce qu'il y a le risque de se faire mal comprendre ou de simplifier. Un spectacle à message. C'est-à-dire un texte ou quelque chose comme ça sur un papier roulé en boule que l'on met dans la main d'une autre personne. Communiquer, transmettre oui, et c'est un peu comme un secret, la connaissance de B. Le faire entendre. On pourrait appeler ça une démarche pédagogique. ou une tentative d'embrigadement, d'engagement. Pourquoi pas. Ce n'est pas très ordinaire pour moi, j'ai toujours eu tendance à préférer garder pour moi ce que j'aimais particulièrement surtout quand c'était quelque chose de relativement ignoré par les gens. Mais à un moment c'est le contraire qui doit devenir urgent. Même si je ne suis pas sûr que ce soit quelque chose de très en vogue cette histoire d'embrigadement dont je parle. Parce qu'on est un peu déçu de tout, bien sûr. alors, si en plus il s'agit de chanson engagée. de lyrisme. avec les mots peuple, des choses comme ça.

Nous on en restera au petit nombre. Je préfère parler de groupuscule. Le groupuscule c'est nous, là, les gens dans la salle. il va y avoir conspiration, peut-être. il s'agit de mettre en commun un truc, on va devenir complices. Pour ce qui concerne le spectacle, pour moi ça touche à ça : un complot. c'est sérieux. c'est comme une réunion autour d'une table ou au fond d'une cave, à la bougie. Et avec de la musique. Un concert, c'est un complot, non?

Alors Margot va chanter des chansons qu'elle n'a encore jamais entendues; des chansons de B., et B., elle ne sait pas qui c'est, enfin je crois. Ce sera un peu difficile donc. Il y aura une griffure, une façon de salir les chansons parce que c'est sans doute la seule manière de donner à entendre leur lyrisme. De dire à la fois la nécessité urgente du lyrisme et sa fragilité, l'illusion qu'il transporte.

Margot c'est une danseuse, mais elle ne bougera pas beaucoup, parce qu'elle est concentrée sur quelque chose qu'elle ne doit pas perdre, qu'elle doit transmettre, même. La chanson est bien plantée en terre, convaincue, et B chante assis maintenant. Mais le mouvement, il est bien là, simplement, il a à avoir avec le temps qui passe, la fatigue, tout ce qui marque les corps, l'élocution, et les élans du coeur: ce qui abîme, érode un peu qui fait qu'à un moment les choses se sont décalées, légèrement déplacées, brouillées malgré le souci de clarté, sans qu'on y renonce jamais pourtant ni qu'on les renie. Le passage de la voix de B à celle de Margot, c'est comme le passage de 1974 à aujourd'hui, il y a un tremblement dans la répétition, le décalque glisse un peu. Et en dépit de tout, on a cette volonté de réendosser les mots et la musique, encore une fois, de les faire vibrer, de les affirmer fortement, dans le présent où ils apparaissent pour la première fois à Margot, dans une brûlure. La difficulté pour Margot dans cet engagement-là, c'est celle de la fidélité, de la constance dans la vitesse, de la permanence dans le temps qui passe. C'est possible, et avec de belles imperfections, surtout.

On est pas si loin du rock'n'roll finalement, après, c'est en français et ça n'est peut-être pas très dansant, mais pour le reste, l'implication totale, le souci de clarté, les soucis de la clarté, le premier degré total, oui. On pourrait dire que c'est un complot pour ça et que ce complot est disons, urgent, nécessaire. Je crois que la vraie forme moderne du spectacle, pas parce qu'il a décidé de ressembler à ça, mais parce qu'il n'a pas le choix, parce que c'est comme ça, voilà, c'est le meeting, c'est le tract, c'est la culpabilité, c'est la complicité.

Merci à Margot.
Et à Jérôme.

1 commentaires:

snoopy a dit…

les paroles tournent autour de l'interprète comme le disque tourne sur lui-même