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jeudi 5 février 2009

Phaedra, seul+off 3




performance pour David Farjon et Melanie Witteborg
présentée à la Galerie de l'Ecole d'Architecture Paris-Val de Seine
en avril 2005
avec David Farjon
conception Gildas Veneau
texte A.C.Swinburne (Phaedra) et Jean Racine (Phèdre)

Affiché dans l'entrée grand format:
Phaedra, seul+off 3 est une performance qui prend place entre les phases 1 et 2 du projet Phaedra. Celui-ci s'articule autour d'un texte d'A.C.Swinburne. La première phase de ce projet a été présentée à Paris en juin 2004. Melanie Witteborg et David Farjon tenaient respectivement les rôles de Phèdre et dHippolyte. Phaedra, seul+off 3 est un spectacle en deux parties basé sur l'absence de Melanie Witteborg, retenue en Allemagne. Après la performance de David Farjon, un texte sera lu dans le hall.

Et voici -à peu près- le texte que j'ai lu dans le hall:
Depuis le mois de juin dernier, j'ai relu Phèdre et Racine. Pour Phaedra, en juin, j'avais dit aux deux acteurs , à Melanie et David, de ne pas le faire, nous n'avions pas relu l'histoire. Depuis j'ai imaginé un deuxième épisode, mais Melanie était loin, à Munich, ce n'était pas possible, elle n'avait pas le temps ni l'argent pour rentrer à Paris et son école de théâtre ne voulait pas qu'elle fasse autre chose que son école.
Et cette absence justement, en relisant Phèdre je l'ai ressentie, j'ai senti qu'il y avait un vide dans le texte, un grand espace hors-champ lié à l'absence d'Hippolyte, dans l'acte V. J'ai pensé au sentiment d'abandon, à l'inquiétude, la solitude et l'amour de Phèdre. D'ailleurs on ne la voit plus elle non plus, on ne la revoit qu'à la fin, pour mourir.
Melanie non plus n'est pas là, et le manque qu'elle crée chez David pour jouer, cela fait de lui une figure qui se superpose à celle de Phèdre, dans l'incomplétude, dans la solitude, et jusque dans une forme de folie du parler seul. J'ai pensé qu'on pouvait manquer à tel point de quelqu'un qu'on finisse par le remplacer soi-même, qu'on s'engage ainsi dans la perte de soi et la folie par douleur, par manque. On joue l'absent. Je me suis dit, je ne peux pas faire la suite de Phaedra pour l'instant, eh bien je le ferai avec David tout seul, et avec ce manque de Melanie jusqu'au point où il deviendra elle, et dira lui-même des passages de Racine écrits pour le rôle de Phèdre.
On retrouvera aussi Melanie dans des moments de silence, dans l'espace des répliques qu'elle devrait occuper. Mais elle est là aussi en dehors de lui par des photos d'elle que j'ai mises partout. Ce sont des traces d'elle, des images avec lesquelles j'ai demandé à David de jouer. On peut parler à une image. Dans La Flûte enchantée, Tamino tombe amoureux de la fille de la Reine de la Nuit en voyant son portrait, et il y a un très bel air pour ça.
En même temps, dans l'accumulation de ces images, pour certaines intimes que j'ai demandées à Melanie, il y a une cruauté, une toute puissance et une vanité, une opacité qui le rendent malade et qui font qu'il détruit les portraits. Ce n'est pas seulement de la violence contre le personnage, de l'amour vache, c'est un vrai deuil. Mais c'est aussi une façon de retrouver Melanie au-delà des images.
Parce que j'avais aussi cette idée de quelque chose de très pur, de radical, au-delà de la figuration, et dont on ne pourrait avoir aucune image. C'est pour ça qu'une fois toutes les images détruites, j'ai voulu que tout le monde sorte pour laisser David seul avec une lettre que j'ai demandé à Melanie de lui écrire. Il est en train de l'ouvrir et de la lire et il y a là quelque chose de précieux, une réappropriation de l'intimité, et une absence totale d'image, parce qu'on ne voit rien et que toutes les images ont été détruites, qu'il n'y a plus que les mots.

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